Il existe des objets qui attendent sagement qu’on les place quelque part. Et puis il y a ceux qui prennent de la place, imposent leur silhouette, vivent selon leurs propres règles. Les poteries indisciplinées appartiennent à cette seconde famille.
On ne les a pas cherchées. Un arrêt au hasard, sur une route transversale entre Marrakech et Essaouira. L'atelier d'Abdu, qui ne payait pas de mine. À l'intérieur, une caverne d'Ali Baba : des pièces empilées jusqu'au plafond, des formes qu'on ne voit nulle part ailleurs.
On y a passé des heures. À fouiner, à déplacer, à sortir les meilleures pièces une par une. L'atelier a deux visages : une partie chine, où dorment des pièces dénichées un peu partout, et une partie production, où Abdu façonne ses propres séries. C'est là qu'on a trouvé les poteries indisciplinées.
Elle penche, bifurque, retient un geste et relâche l'autre. Sa surface a un effet pierre de lave : on la regarde, puis on ne peut pas s'empêcher de la toucher. Elle ne complète pas un intérieur. Elle l'interrompt. Pièce unique en ligne.
Le même effet pierre de lave, en bleu nuit. Mat, dense, rugueuse sous la main. Une poterie asymétrique qui absorbe la lumière au lieu de la renvoyer. Pièce unique en ligne.


Trois silhouettes (totem, géométrique, asymétrique) en trois teintes : olivier fumé, sable shiitake, sel blanc. Elles sortent de la partie production du même atelier. Seules, elles tiennent. Ensemble, elles composent un paysage.
Cet été, on a été victimes de notre succès. En pleine saison, impossible de partir au Maroc refaire le stock. Alors on s'est associés à une maison partenaire qui ne vend, elle aussi, que du fait main en matières naturelles. Deux familles de pièces sont arrivées par là.
Zèbre, dalmatien, léopard : des motifs qu'on attendrait sur un textile, posés au pinceau sur une terre de fleuve. La gamme léopard est partie très vite. Restent Tingis et Fayoum (zèbre), Tanis et Asswan (dalmatien), Fayoum léopard et le duo de vases enlacés Philae, à 80 € chacun.


Le botijo est la cruche de terre poreuse qui garde l'eau fraîche par simple évaporation. Les nôtres viennent d'une maison de potiers où le métier se transmet de père en fils depuis la fin du XIXe siècle. Rollo Azul, bleu et sculptural (60 €). Kolone, en terre cuite nue (44 €). Une tradition fonctionnelle devenue objet d'art.
Devant ces pièces, la réaction est presque toujours la même. On s'arrête, on touche, puis on nous dit que la sélection est magnifique. Ce n'est pas un hasard : chaque pièce a été sortie d'un tas, choisie contre des dizaines d'autres.
Une poterie artisanale est façonnée et souvent peinte à la main : sa forme, son épaisseur et sa couleur varient d'une pièce à l'autre. Une poterie industrielle sort d'un moule, identique à des milliers d'autres.
Du Maroc, de l'atelier d'Abdu, entre Marrakech et Essaouira ; d'Égypte, en argile du Nil peinte à la main ; et d'Espagne, d'une famille de potiers en activité depuis la fin du XIXe siècle.
Un chiffon sec ou à peine humide suffit. Pas de produit abrasif sur les surfaces peintes ou texturées.
En France et au Benelux. Ces pièces se voient aussi au showroom de La Rochelle, sur rendez-vous.
matières vraies, esprit libre.